Le fonctionnement du canal est tout simplement incroyable : en utilisant un système de trois écluses (qui élèvent les embarcations à 26 mètres au-dessus du niveau de la mer), les bateaux parcourent les 80 kilomètres qui séparent les océans Atlantique et Pacifique en un peu plus de dix heures, un temps record quand on pense que l'autre option est une traversée de deux semaines et de 13.000 kilomètres, en oblige à passer par le Cap Horn, réputé dangereux et imprévisible.
Mais celui qui pense que ce projet ambitieux est terminé, se trompe catégoriquement. Dès 2007, on a réalisé la construction d’un deuxième canal, parallèle à l'original, avec le même système d'écluses, mais beaucoup plus grandes et efficaces. Cela permet l'accès au canal à des bateaux de plus gros calibre mesurant plus de 34 mètres de largeur, qui représentent 50 pour cent des cargos qui naviguent actuellement et, par conséquent, cela permet d’augmenter encore les bénéfices.
Malgré le fait que l'ombre du canal s’étale très loin, il serait réellement absurde de ne pas regarder plus loin et découvrir tous les enchantements de la capitale, la City, qui grâce à son esprit éclectique a su mêler les constructions coloniales anciennes avec d'énormes gratte-ciel futuristes construits sur des terrains gagnés sur la mer. Une telle densité de tours a composé un "skyline" surprenant, une chose unique en Amérique centrale et qui, en gardant les distances, pourrait être comparé à celui-là du Manhattan ou de Hong Kong.
Sans vouloir nuire à la nouvelle partie de la ville, il est juste de dire que tous les monuments historiques et les musées les plus importants se trouvent dans le Casco Viejo, qui prouve sa richesse culturelle en s’éclairant d’un titre de Patrimoine de l'Humanité dès 1998. C'est un vrai plaisir de se promener dans les ruelles étroites, remplies de magasins et de boutique d'artisanat, et découvrir que nous sommes dans un lieu unique où différents styles architectoniques convergent, comme le style colonial espagnol ou l’art déco, sans aucun soupçon de tape-à-l’œil ni de mauvais goût. Une ville qui regarde l'avenir sans oublier son passé riche.
Une façon parfaite de découvrir la diversité culturelle du Panama est de visiter un lieu habité par les indigènes Emberá. À seulement une paire d'heures du centre de la City (à bord d'un canoë en suivant le cours de la rivière Chagres), au milieu d'une mer de végétation, vit cette communauté indigène autochtone, volontairement isolée et autosuffisante, sans le besoin ni la nécessité d’une modernité que leur offrirait la vie dans la grande ville voisine. Pêcheurs et agriculteurs depuis leurs origines, ils ont vu leurs sources de richesse menacées à cause d'une politique rigide de conservation environnementale qui limitait leurs plantations et les empêchait, entre d'autres choses, de ramasser du bois autre que celui charrié par le fleuve. Ainsi, la seule alternative qui leur restait pour trouver des revenus, était d’accueillir des visites de touristes et les loger, activités en place depuis 1998.
L'atmosphère au village est cordiale et hospitalière, bien que les indigènes restent un peu distants avec le visiteur. Il n'est pas difficile de deviner que, si ils avaient le choix, ils continueraient de vivre éloignés et sans contact avec une autre forme de vie ou de culture. Il est possible que, tant que cette mentalité dure, la visite des touristes mettra beaucoup de temps à édulcorer, voire même transformer complètement, leur modus vivendi. Il est important de rappeler que c’est nous qui sommes les visiteurs, et que nous devons nous adapter à leurs coutumes et pas l’inverse ; que personne ne cherche les luxes et le confort qu'ils rejettent dans leur vie quotidienne. Ainsi notre visite sera un peu plus "aseptisée" et moins conflictuelle.



